L’acquisition de données
L’acquisition de données, comme en faisaient déjà les Égyptiens et les Grecs, est et reste aujourd’hui l’un des métiers essentiels de l’astronomie. On a toujours besoin de collecter de nouvelles observations pour faire progresser les modèles et les théories. Mais bien sûr, on ne se contente plus d’observer avec l’œil, la lunette, ni même le télescope. On dispose de toute une batterie d’instruments.
L'acquisition de données se partage en une acquisition passive et une acquisition active. L’acquisition passive consiste à recevoir ce qui vient à nous. On s'aide, bien sûr, à recevoir le plus d'informations possible en construisant, au sol ou dans l’espace, des télescopes et autres détecteurs qui sont sensibles, infiniment plus que nous, aux signaux du cosmos. On capte les ondes électromagnétiques, visibles ou non, et aussi d’autres vecteurs d’information plus ténus, comme les neutrinos, et bientôt, espérons-le, les ondes gravitationnelles. Dans ce domaine d'activités, il est impossible d'agir directement sur le système que l’on étudie. On se borne à déployer des détecteurs et à détecter.
Mais, avec l’avènement de l’ère spatiale, l'homme a progressivement déployé une exploration active en allant chercher l'information là où elle se trouve. On n'attend plus qu’elle tombe toute cuite dans l'objectif, on part la récolter sur le terrain, comme les grands explorateurs partaient jadis récolter des échantillons autour du monde. Pour l’instant, cette démarche est limitée à la banlieue proche de la Terre qu’est le système solaire. Les grandes missions spatiales, celles dont on parle régulièrement dans les médias, comme Mars Explorer, Voyager, Cassini, Galileo, etc, se rendent physiquement sur place pour ausculter les astres qui ne sont pas trop éloignés de la Terre et en prendre des clichés de première qualité. Ne fût-ce qu'au niveau visuel, les photos des différents satellites de Jupiter et de Saturne pris par les sondes qui les ont survolés sont d'une beauté et d'une précision à couper le souffle. Plus émouvantes encore sont les missions-suicide, qui doivent s'auto-détruire pour fournir les données qu'elles sont allées chercher, telle la petite sonde Galileo envoyée dans l'atmosphère de Jupiter en décembre 1995. La sonde a collecté et transmis des données pendant 57 minutes avant d'être broyée par la pression, de fondre et de se vaporiser ensuite.
Toujours plus fort, on lance aussi des missions qui effectuent des analyses d’échantillons sur place, ou même qui sont capables d'engranger des paquets-souvenirs dans leurs soutes et de les rapporter sur Terre. C’est le cas pour la Lune, pour Mars et pour quelques astéroïdes choisis. Une petite exposition de trophées non terrestres pourra bientôt être organisée sur Terre.
Texte: Jean-Pierre Luminet et Élisa Brune, Bonnes nouvelles des étoiles (2009).
Photo: Réplique de Sputnik 1, le premier satellite articiel mis en orbite dans l’espace. NASA.